
Le constat, formulé en ces termes, ne surprendra guère les cliniciens — mais il mérite qu'on s'y arrête, tant la frontière entre divertissement psychologisant et soin structuré tend à s'estomper dans l'espace numérique. Pour les praticiens des thérapies brèves et de l'hypnothérapie, cette confusion n'est pas anodine: elle interroge directement le cadre, la posture et la responsabilité qui fondent notre exercice.
Quand le contenu remplace le cadre
Le modèle économique des plateformes comme TikTok repose sur l'engagement, pas sur l'alliance thérapeutique. Ce qui circule sous l'étiquette « thérapie » — listes de symptômes, diagnostics auto-proclamés, exercices de respiration présentés comme des remèdes universels — obéit à une logique de viralité, pas de soin. Or, un cadre thérapeutique digne de ce nom suppose une rencontre singulière, un travail sur le transfert, une élaboration qui prend le temps qu'il faut. Le conditionnel s'impose ici: pourrait-on réellement transmettre cette profondeur dans une vidéo de soixante secondes? La question, posée ainsi, appelle sa propre réponse.
Ce qui inquiète davantage, c'est l'effet de sidération sur les patients. De nombreux consultants arrivent en cabinet avec un vocabulaire diagnostique appris sur les réseaux — « trauma bonding », « gaslighting », « TDAH » — sans que ces termes aient été pensés dans une relation clinique. Le praticien se retrouve alors dans une posture délicate: déconstruire sans invalider, recadrer sans humilier. C'est un exercice d'équilibre que la tribune du New York Times semble pointer, même si le détail de son argumentation ne nous est pas parvenu.
Ce que la recherche confirme — et ce qu'elle ne dit pas
Par ailleurs, une synthèse publiée par 2 Minute Medicine suggère que la psychothérapie positive pourrait s'avérer aussi efficace que la thérapie cognitivo-comportementale classique dans le traitement du trouble panique. Si cette piste mérite attention, elle illustre surtout un point essentiel: les approches thérapeutiques validées partagent un socle commun — un protocole structuré, un thérapeute formé, un suivi dans la durée. Rien de tout cela ne se transmet par algorithme.
Il serait tentant de conclure que les réseaux sociaux « ne servent à rien » en matière de santé mentale. Ce serait aller trop vite. Ils peuvent sensibiliser, déstigmatiser, ouvrir une porte. Mais franchir le seuil du cabinet — avec tout ce que cela implique de vulnérabilité, de cadre et de limites — reste un acte d'une autre nature.
Ce que cela change pour nos pratiques
Pour les hypnothérapeutes et praticiens en thérapies brèves, ce débat rappelle une exigence fondamentale: celle de la clarté du cadre. Quand un patient arrive en ayant « tout compris » grâce à une vidéo, le premier travail clinique consiste souvent à restaurer l'espace du questionnement. Non pas pour disqualifier ce qu'il a entendu, mais pour le ramener à son expérience propre — celle qui ne se résume pas à un contenu, mais se construit dans une relation.
La vigilance s'impose aussi dans notre propre communication numérique. Promettre des résultats spectaculaires en quelques séances, simplifier à outrance des mécanismes complexes, jouer la carte de la viralité: autant de dérives qui, à leur manière, participent du même brouillage que celui dénoncé par la tribune américaine. La posture éthique commence bien avant le cabinet — elle commence dès le premier message que l'on adresse au public.