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Intelligence artificielle et santé mentale : pourquoi la prudence reste de mise face aux chatbots

Noovo Info rapporte les propos d'une experte en santé mentale, Calissa Ngozi, qui appelle à considérer l'intelligence artificielle comme un outil d'accompagnement, et non comme un substitut à la…

Intelligence artificielle et santé mentale : pourquoi la prudence reste de mise face aux chatbots

Noovo Info rapporte les propos d'une experte en santé mentale, Calissa Ngozi, qui appelle à considérer l'intelligence artificielle comme un outil d'accompagnement, et non comme un substitut à la psychothérapie professionnelle. Cette mise en garde arrive alors que, selon les données relayées par Caminteresse, près de la moitié des jeunes de quatre pays européens confient déjà à un chatbot des sujets personnels, et qu'un quart des usagers leur disent des choses qu'ils n'oseraient jamais aborder avec un humain. Pour quiconque s'intéresse à l'hypnose et aux thérapies brèves, l'enjeu dépasse la simple curiosité technologique: il touche à la qualité du lien thérapeutique, et à ce qui se joue, en silence, dans un cabinet.

Ce que l'étude a mesuré — et ce qu'elle ne mesure pas

Le Journal of the American Medical Association (JAMA) Network a publié en avril un essai clinique randomisé mené en Israël auprès de 995 étudiants universitaires, entre avril et octobre 2025. Pendant douze semaines, les participants étaient répartis en trois groupes: un agent conversationnel d'IA, une thérapie en face-à-face, ou une liste d'attente. Les résultats montrent une réduction plus marquée de l'anxiété et de la dépression chez les utilisateurs de l'IA, comparée aux deux autres groupes.

Le rapport précise cependant que ces résultats sont autodéclarés, et non évalués par des cliniciens — ce qui limite leur validation externe. Une baisse de l'intention de consulter un thérapeute chez certains participants pourrait aussi refléter une modification du « besoin perçu », plutôt qu'une preuve d'efficacité. L'outil conversationnel reste un miroir utile, pas une mesure clinique du changement.

Ce que l'IA ne peut pas encore percevoir

Pour Ngozi, la disponibilité permanente de l'outil, « 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 », représente son atout principal — un filet de présence dans les heures creuses, quand le décalage horaire ou l'isolement empêchent de joindre un proche. Elle reconnaît aussi que l'IA peut servir de première source de soutien, comme une porte d'entrée vers le soin pour les plus isolés, ou de miroir pour remettre de l'ordre dans ses idées entre deux rendez-vous.

Elle insiste toutefois sur ce qui lui échappe: le langage corporel, le ton de la voix, les intonations, et surtout l'intention de la personne qui s'en sert. Elle note qu'il est facile de programmer l'outil pour qu'il interagisse d'une manière qui plaise à l'utilisateur — et que cela « peut être très dangereux », parce que la flatterie n'est pas un accompagnement. Un chatbot reformule votre ressenti, mais il ne sent pas votre respiration, et il ne sait pas si vous le sollicitez pour avancer ou pour éviter autre chose.

L'ancrage avant l'outil

Pour un lecteur qui explore l'hypnose ou la thérapie brève, la leçon tient en peu de mots: l'IA ouvre une porte, elle ne tient pas la pièce dans laquelle on entre ensuite. Plusieurs travaux cités par Caminteresse montrent qu'un lien affectif peut se nouer avec la machine en quelques jours, et qu'elle obtient parfois de meilleures appréciations que de vrais thérapeutes sur la carte de l'empathie, selon une étude publiée par PLOS Mental Health.

Mais une reformulation, aussi habile soit-elle, ne produit pas le même effet qu'une présence incarnée, attentive aux micro-signaux du corps, à l'espace intérieur d'un patient, à ce qui se dérobe dans le silence. Si vous utilisez ces outils, gardez-les pour ce qu'ils font bien — clarifier une pensée confuse, accueillir un mot qu'on n'ose dire — et n'oubliez pas qu'ils restent fragiles dès qu'il s'agit de percevoir ce que vous ne dites pas. Le travail thérapeutique, lui, commence précisément là.