
Une méta-analyse publiée cette semaine dans JAMA Network Open, conduite par des chercheurs du Center for Healthy Minds de l'Université du Wisconsin–Madison avec une équipe multi-universitaire, apporte une donnée attendue dans le champ des thérapies brèves: la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (MBCT) n'augmente pas, par rapport à des conditions contrôles, le risque d'aggravation des symptômes chez des patients en rémission de dépression récurrente. Pour les cliniciens qui l'intègrent à leur pratique — ou qui hésitent encore à le faire — ce résultat est d'autant plus précieux qu'il répond à une inquiétude méthodologique ancienne, bien plus qu'il ne dispense d'une vigilance clinique qui, elle, ne se décrète pas.
Reprendre les données là où elles manquaient
Le travail mérite qu'on s'y arrête, justement parce qu'il ne verse pas dans l'effet d'annonce. Les chercheurs ont réexaminé les données individuelles des neuf essais contrôlés randomisés déjà réunis dans la méta-analyse fondatrice de 2016 — qui avait contribué à imposer la MBCT comme traitement de référence pour la prévention des rechutes — en se concentrant cette fois sur la question de l'innocuité. L'échantillon cumulé portait sur 1 258 patients adultes, et plusieurs études comparaient la MBCT à un groupe sous antidépresseurs, ce qui autorise une lecture différentielle précieuse. La conclusion se décline en deux temps: pas de surrisque d'aggravation symptomatique, et, dans certaines analyses secondaires, une diminution de ce risque par rapport à d'autres traitements, antidépresseurs compris. La nuance compte, parce qu'elle change la nature même de ce que l'on peut affirmer.
Ce que cela autorise — et ce que cela n'autorise pas
C'est précisément sur ce second volet que la lecture doit rester prudente. Les participants inclus étaient en rémission partielle ou complète d'un épisode dépressif récurrent; extrapoler ce résultat à une phase aiguë, ou transposer mécaniquement le protocole à d'autres populations cliniques, reviendrait à confondre un cadre validé avec une licence d'application indifférenciée. En cabinet, la question n'est presque jamais simplement « cet outil est-il efficace? », mais bien « dans quel cadre relationnel et à quel moment du processus de changement cet outil trouve-t-il sa juste place? ». La MBCT, comme toute approche brève, n'agit jamais seule: elle prend sens dans une alliance thérapeutique ajustée, et c'est cette alliance qui, en dernière analyse, détermine son innocuité réelle — bien davantage que la technique isolée de ses conditions de déploiement.
Trois points de vigilance à garder en tête
Premièrement, l'évaluation systématique des effets indésirables reste notoirement sous-documentée, y compris dans les essais où elle est prévue au protocole; ce travail comble un angle mort, il ne le referme pas définitivement. Deuxièmement, l'hétérogénéité des programmes MBCT déployés sur le terrain implique qu'un résultat d'essai agrégé ne préjuge pas toujours de ce qui se joue dans la relation singulière. Troisièmement, l'invitation lancée par les chercheurs à élargir, dans les essais à venir, l'évaluation du vécu des patients mérite d'être reprise à notre propre échelle: il s'agit d'interroger plus systématiquement ce que nos patients vivent entre les séances — y compris, et peut-être surtout, ce qu'ils ne formulent pas d'emblée. Selon Simon Goldberg, professeur associé au Department of Counseling Psychology de l'Université du Wisconsin–Madison et membre du Center for Healthy Minds, les auteurs espèrent que de futurs essais randomisés contrôlés intégreront une évaluation élargie de l'expérience patient, tout en se montrant optimistes quant au fait que la MBCT demeure à la fois utile et non dommageable pour le patient moyen. Cette formulation — utile et non dommageable, plutôt qu'utile donc suffisant — gagnerait à figurer en exergue de toute recommandation clinique sérieuse, y compris dans le champ des thérapies brèves et de l'hypnose, où la pente naturelle reste celle du « cela fonctionne, donc on l'utilise ».