Actualité

Vapotage chez les jeunes : l'impact méconnu sur la santé mentale et le sommeil

Quand un adolescent dort mal, se réveille la gorge sèche, multiplie les moments d'anxiété, on cherche d'abord du côté du stress scolaire, d'un trouble de l'humeur, parfois d'un écran un peu trop présent au coucher.

Vapotage chez les jeunes : l'impact méconnu sur la santé mentale et le sommeil

L'idée reçue qui tient depuis dix ans

Rarement on pense à la cigarette électronique. Pourtant, comme le souligne une vaste revue scientifique britannique menée par le Royal College of Paediatrics and Child Health (RCPCH) et publiée dans BMJ Journals, le vapotage chez les 12-19 ans est associé à une dégradation régulière de la santé respiratoire — mais aussi à des troubles du sommeil, à de l'anxiété et même à des idées suicidaires. Pour les parents comme pour les praticiens qui accompagnent ces jeunes, le tableau change de nature: il ne touche plus seulement le poumon, il traverse le corps entier.

Ce que la science britannique a observé

Les chercheurs du RCPCH ont passé au crible plus de 14 000 publications scientifiques avant de rédiger leur synthèse. Chez les jeunes qui vapotent, ils retrouvent davantage de toux, de sifflements respiratoires, de symptômes évocateurs de bronchite et d'exacerbations d'asthme — un signal pulmonaire attendu, déjà connu. Mais l'alerte va plus loin: le rapport signale aussi des atteintes bucco-dentaires, des troubles oculaires, des allergies, et surtout un sommeil dégradé, ce qui touche directement à la récupération nerveuse. Sur le plan psychologique, les corrélations observées avec l'anxiété, la dépression et les idées suicidaires posent une question de terrain très concrète aux hypnothérapeutes et à tous les soignants de première ligne: à quel moment devient-il utile d'interroger l'usage de la cigarette électronique dans l'anamnèse, sans morale, sans jugement, simplement avec la curiosité douce d'un praticien qui regarde ce qui se passe.

Le professeur Will Carroll, coauteur de la revue, affirme dans un communiqué que le vapotage ne doit pas être considéré comme une étape anodine de la croissance. Il appelle notamment à limiter les types d'arômes proposés, et pas seulement leurs appellations — une nuance qui dépasse le cadre réglementaire pour toucher à la manière dont les produits sont conçus pour accrocher les sens, et en premier lieu l'odorat, avec tout ce que cela engage dans le rapport au plaisir, à la dépendance, à la respiration elle-même.

Une ampleur mondiale, un terrain français

D'après l'Organisation mondiale de la santé, environ 100 millions de personnes vapotaient dans le monde en 2025, dont 15 millions d'enfants âgés de 13 à 15 ans. Ces chiffres donnent une idée de la vitesse à laquelle la cigarette électronique s'est installée dans le quotidien des adolescents. En France, selon l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), près de 57 % des jeunes de 17 ans avaient déjà testé la cigarette électronique en 2022. Plus préoccupant encore, 6 % en faisaient un usage quotidien, un taux trois fois plus élevé qu'en 2014. Quand on reçoit en consultation un adolescent qui dort mal, qui se sent anxieux, qui a perdu sa capacité de concentration, ce premier seuil chiffré devient un point d'ancrage utile pour ouvrir la conversation — non pas pour accuser, mais pour nommer ce qui se passe dans son corps avec une précision qui rassure, qui replace l'échange dans le champ de l'observation partagée.

La main qui cherche un appui

C'est ce que confirment les études à long terme citées dans la revue: les jeunes qui vapotent sont nettement plus susceptibles de commencer ensuite à fumer des cigarettes traditionnelles. Comprendre ce passage, ce n'est pas seulement noter un risque statistique, c'est aussi reconnaître une mécanique du soulagement très concrète. Quand la respiration se raccourcit la nuit, quand l'endormissement devient laborieux, le geste de la main vers la bouche cherche un appui, une contenance, un moment de pause, un minuscule ancrage dans un corps qui ne trouve plus son espace intérieur. C'est précisément ce moment-là que le travail en hypnothérapie peut venir reprendre, en aidant le patient, fût-il très jeune, à retrouver une respiration plus libre, un enracinement plus stable, une manière différente de s'apaiser sans geste parasite, en s'appuyant sur ce que le corps sait déjà faire quand on lui en laisse le temps.

Au Royaume-Uni, le Tobacco and Vapes Act prévoit déjà l'interdiction des cigarettes électroniques jetables et de futures restrictions sur les emballages, les couleurs, les arômes et leur présentation en commerces. Ces mesures agissent en amont, sur le marché et la publicité. En aval, dans le cabinet, elles ne remplacent jamais l'écoute du symptôme: un sommeil haché, une anxiété diffuse, une irritabilité croissante sont souvent les premiers signes qu'un adolescent cherchera à régler seul, en silence, avec ce qu'il a sous la main.

Trois points à observer cette semaine

Si vous accompagnez un jeune — parent, enseignant, soignant — trois points méritent un regard posé, sans interrogation directe. La qualité de son endormissement et la fréquence des réveils nocturnes, d'abord, qui racontent souvent beaucoup plus que les mots. La présence d'un parfum ou d'une saveur persistante sur les vêtements ou les cheveux, ensuite, qui peut signaler une habitude installée dont il ne parle pas. Enfin, la fréquence des moments de nervosité que la main cherche à apaiser par un geste répétitif, parfois inconscient, qui se voit plus qu'il ne se dit. Rien de spectaculaire dans cette attention: simplement un regard posé, une présence au corps, qui ouvre la porte à une conversation quand le moment sera vraiment venu, à un rythme qui appartient au jeune, et à lui seul.