
Selon une étude publiée dans l'American Journal of Clinical Hypnosis et relayée par HESPRESS English, ce n'est pas tant la technique qui freine l'introduction de l'hypnose clinique au bloc opératoire que la croyance, encore très répandue, qu'elle réclamerait un temps infini et une formation inaccessible. Or, en suivant de près ce que vivent les soignants et les patients, on s'aperçoit que l'outil tient souvent dans un souffle, une voix posée, un ajustement de la respiration partagée — trois gestes simples qui n'ajoutent pas à la charge de travail mais la redistribuent autrement, à condition que l'on accepte de ralentir.
Ce que l'enquête marocaine met au jour
Les chercheurs, coordonnés par Youssef Allam depuis le Laboratoire des sciences et technologies de la santé de l'Université Hassan Premier à Settat, en collaboration avec l'Université Mohammed V de Rabat, ont interrogé 318 infirmiers anesthésistes du secteur public marocain, répartis sur les douze régions administratives du pays. Les femmes représentaient près de 79 % de l'échantillon final, les hommes un peu plus de 21 %. Un questionnaire de 21 items, traduit en français puis diffusé par voie électronique, a permis de recueillir les réponses entre le 1er novembre 2025 et le 10 janvier 2026, selon une méthode d'échantillonnage en boule de neige, appuyée par des tests statistiques non paramétriques et une analyse factorielle.
Un accueil favorable, des obstacles bien identifiés
Les résultats révèlent une perception largement positive de l'utilité de l'hypnose clinique au bloc opératoire, tout en pointant plusieurs freins concrets: la crainte d'un outil chronophage, le manque de formation spécialisée, et la difficulté à insérer la pratique dans un environnement opératoire déjà très codifié, où chaque minute compte. L'analyse factorielle montre d'ailleurs que ces obstacles sont pluridimensionnels, alors que la perception de l'utilité reste, elle, remarquablement unanime. Pour les auteurs, cela suggère qu'un travail de fond sur les représentations, doublé de programmes de formation dédiés, suffirait probablement à transformer l'essai sans bouleverser l'organisation des soins.
Ce que vous pouvez en retenir, concrètement
Si vous êtes patient, sachez que l'hypnose au bloc n'est ni un rituel mystérieux ni une promesse de guérison instantanée: c'est, le plus souvent, un accordage discret entre votre respiration et celle du soignant, un recentrage qui peut changer radicalement la perception du moment opératoire, sans rien enlever à la sécurité anesthésique. Si vous êtes professionnel de santé, l'enquête marocaine invite à interroger trois postulats tenaces — que l'hypnose prend du temps, qu'elle exige un long apprentissage ésotérique, qu'elle complique le déroulé opératoire. Dans les faits, quelques minutes suffisent souvent, à condition d'avoir simplement appris à ralentir, à observer, à laisser de l'espace intérieur au patient. C'est précisément dans cet écart entre la croyance et la pratique que l'outil pourra, ou non, retrouver sa juste place à vos côtés.