
Faut-il y voir un raccourci vers l'alliance thérapeutique, ou une invitation à repenser ce que l'on appelle trop vite « ingrédient actif » d'une thérapie brève? La réponse mérite d'être pesée, et non applaudie.
Deux protocoles, six patients, une question de méthode
Les travaux conduits par Collins et Carbajal, publiés dans le Journal of EMDR Practice and Research, ne mesurent pas, malgré leur titre, la « valeur des croyances négatives » en tant que telles. Le dispositif quasi-expérimental oppose plutôt, sur un très petit échantillon de six clients adultes suivis au sein d'une autorité locale de santé mentale au Texas, deux modalités d'application: la version intégrale en huit phases, avec repérage explicite de la cognition négative associée au souvenir cible, et une version modifiée où cette étape est omise. Trois patients dans chaque bras, traitement délivré par une thérapeute LPC formée à l'EMDR (formation agréée EMDRIA six mois auparavant, dix ans de pratique clinique). Les mesures — Symptom Checklist et PCL-5 — ont été relevées à baseline, en séance 6 et en séance 8. Le test de Wilcoxon, souligne l'Institut Français d'EMDR, ne met en évidence aucune différence statistiquement significative entre les deux groupes.
Ce que cela ouvre — et ce que cela n'autorise pas
L'hypothèse avancée par les auteurs, selon laquelle l'identification de la cognition négative pourrait ne pas constituer un composant essentiel du mécanisme d'action de l'EMDR, est formulée avec une prudence que la lecture hâtive aurait tort de négliger. Un effectif de six personnes ne permet aucune généralisation; les chercheurs eux-mêmes appellent à des études randomisées de plus grande ampleur, avec vérification de fidélité externe, avant toute reformulation du protocole. En cabinet, l'enjeu n'est alors pas celui d'un gain de temps, mais celui du sens clinique: sauter une étape n'équivaut pas à en démontrer la superfluité. La cognition négative agit peut-être moins comme un levier que comme une fenêtre — et seule son ouverture permet de comprendre ce qu'elle révèle du transfert, des défenses et de la formulation initiale du trouble.
À garder en tête avant d'infléchir sa pratique
Pour les praticiens formés, l'enseignement immédiat reste celui de la modestie méthodologique. Aucune autorisation de dériver du cadre standard ne se déduit d'un N=6, aussi séduisante que puisse paraître l'idée d'alléger la phase 3; le risque serait, en cherchant à fluidifier les séances, d'appauvrir une alliance qui se noue précisément dans la co-formulation de la croyance. Pour les patients et les lecteurs avertis, le rappel utile: la durée d'une thérapie brève ne se mesure pas au nombre d'étapes sautées, mais à la qualité de la posture qui les sous-tend. La suite — une possible réplication sur échantillon élargi — mérite d'être suivie avant toute inflexion du cadre thérapeutique.